Questions diverses

A toutes les questions qui résisteraient à leur "cataloguisation" dans l'une des rubriques précédentes, cet espace est consacré...

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Commentaires (43)

1. Christophe Coudé 10/05/2011

Bonjour Monsieur,

Votre cours sur la liberté / libre-arbitre est très intéressant. Je ne vois également pas de raison scientifique ni logique de penser que le libre-arbitre existe. Le fait même de lier les événements entre eux provoque l'absence de liberté (chaîne causale remontant jusqu'à la naissance), et réciproquement, si on ne les lie pas (hasard global, création spontanée), c'est la responsabilité du sujet qui disparaît. Aussi, pourquoi cette connaissance ne provoque-t-elle pas une "révolution" dans la pensée humaine ? Pourquoi des changements pratiques en politique et dans le judiciaire/législatif n'ont-ils pas lieu ?

Merci.

Cordialement.

Christophe Coudé.

2. anaïs wallez 27/04/2011

bonjour monsieur je voudrais savoir si dans l'explication de texte on doit faire apparaitre le numéro des phrases.
Et je n'ai pas votre adresse e-mail pour vous l'envoyer si vous pouviez me la communiquer je vous remercie.

3. Simon Blau (site web) 17/03/2011

Monsieur,

Je découvre avec surprise l'usage d'une de mes oeuvres "solipsisme" dans un de vos articles sans mon consentement, n'avez-vous pas connaissance des droits d'auteurs et de reproduction d'oeuvre?
Je suis toutefois ravi qu'il puisse étayer un article philosophique aussi je vous autorise par la présente à user gracieusement de cette reproduction.

Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.

Simon Blau

4. JFM 01/03/2011

Cher Pascal,

Au risque de paraître quelque peu familier, j'ose affronter les coups du sort (si !) en supposant qu'au cours des méandres qui rythment les péripéties de nos vies agitées, tu fus un lycéen belfortain ("chez Raoul")...car si tel était le cas, ce qui me porterait aux nues de la joie la plus extatique qui se puisse être, sache que je fus ton humble délégué de classe durant ces années turbulentes !!!

Il s'agissait bien d'une question "autre"...quoiqu'il en soit, j'espère avoir de tes nouvelles et présente mes humbles excuses dans le cas d'une méprise de ma part.

A très bientôt

5. Marion VALANTIN 17/11/2010

Bonjour,
je vous ai envoyé un mail sur votre adresse mail... en réalité deux ... mais je ne sais pas si elle est toujours d'actualité...

Amicalement.

MV.

6. A. PEYNET 07/07/2010

Monsieur, j'ai une derniere question que j'ai pas pensé vous demander hier ...
Pour les rattrapages, comment ça marche ? as-t-on des horaires spécifiques pour les matieres ?
Merci d'avance ... Si vous recevez ce mot avant que je passe !

Adeline

7. Pascal G 16/06/2010

Bonjour Amandine,

Question fort intéressante, qui n'est d'ailleurs pas seulement une question économique"...
Je répondrai plus longuement par la suite, mais ici je rebondis seulement sur la forme de la question elle-même.

Comme nous l'avons vu dans le cours sur raison et réel, il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" stratégie économique, si on la considère isolément. Une théorie économique doit être saisie dans un contexte économique global, c'est-à-dire un système socio-culturel, pour pouvoir être évaluée.

Par ailleurs, les critères d'évaluation eux-mêmes reposent sur des choix qui ne sont pas strictement économiques (une société où le PNB est inférieur mais mieux réparti es-elle plus satisfaisante économiquement qu'une société plus roche mais plus inégalitaire ?)

Ceci doit nous conduire à être très prudent dans la corrélation entre une stratégie économique et un phénomène social : "déduire" une crise de l'adoption d'une stratégie économique, c'est souvent réducteur.

Mais même si l'on adopte l'idée (discutable) selon laquelle Mitterrand, dans les premières années de son premier septennat, aurait adopté une politique "keynésienne", et que cette politique aurait par elle-même abouti à une crise économique et sociale (je laisse de côté Reagan pour le moment, même s'il est encore plus discutable de le considérer comme un keynésien...); même si l'on adopte cette idée, donc, elle nous indique qu'il est totalement impossible de penser une stratégie économique au niveau seulement national dans les années 80.

L'une des raisons les plus couramment avancées pour "justifier" le retournement de la politique économique (qui s'est faite nettement moins keynésienne...) est que les gains de croissance escomptés du fait d'une hausse des salaires avaient été "pompés" par l'Allemagne. Puisque l'élévation des salaires avait, certes, augmenté le pouvoir d'achat des travailleurs français, mais il avait rendu les coûts de production moins compétitifs par rapport à ceux des voisins européens.

Donc : la hausse du pouvoir d'achat n'a pas réellement donné lieu à une hausse de la demande de produits français... d'où un "trou" dans le cycle keynésien.

Il y aurait beaucoup à redire sur cette analyse, très réductrice. Mais elle souligne néanmoins qu'une politique économique qui vise une relance par la demande exige une collaboration des différents partenaires internationaux. dans le cas de la France, il y a au moins la nécessité d'une collaboration avec ses partenaires européens.

Cela vaut, en général, pour tout politique dite "de gauche". Et cela vaut a fortiori pour tous les courants marxistes. L'une des plus grandes incongruités de la "doctrine" stalinienne, par rapport à un point de vue marxiste orthodoxe, est qu'il a cru que l'on pouvait instaurer "le communisme dans un seul pays". Du point de vue de Marx, c'est rigoureusement impossible.

Précisément parce qu'il ne peut y avoir de politique économique fondée sur le renforcement de la condition des travailleurs (ouvriers,etc.) que s'il existe une coopération des différents partenaires... ou une collaboration de tous les travailleurs eux-mêmes. Tant que les travailleurs se feront concurrence (notamment pour l'accès à l'emploi), il est impossible, pour Marx, qu'ils sortent "gagnants" du jeu économique. C'est ce qui donne son sens à la célèbre formule du "Manifeste du Parti Communiste" : "Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !" C'est encore ce que clamait Jaurès...

Ceci doit nous conduire à relativiser les affirmations du type : "telle stratégie économique conduit à des crises". Chaque stratégie n'est efficace que DANS et A certaines conditions sociales, politiques et culturelles (c'est ce qui la différencie radicalement d'une loi dans le domaine de la physique, de la chimie ou de la biologie). La question est alors de savoir si ces conditions peuvent être réunies.

Poser la question de la possible efficacité d'une politique économique keynésienne, aujourd'hui en Europe, c'est donc, entre autres, poser la question de la possibilité d'une "politique européenne" commune en matière économique, qui ne se limite pas (par exemple) à une harmonisation fiscale "par le bas".

On retrouve ici le même problème que celui quia été mis en évidence, il n'y a pas longtemps, à l'occasion du débat sur une politique responsable du point de vue écologique. On a vu resurgir (et de la part de gens qui n'étaient certainement pas "de gauche")l'idée selon laquelle une politique écologique qui s'effectuerait dans un seul pays ne serait pas très efficace, car le pays en question serait débordé par les gains de compétitivité qu'il donnerait à ses concurrents.

cela ne veut pas dire qu'une politique économique écologiquement responsable "mène à des crises"... mais seulement qu'elle a des conditions institutionnelles, macroéconomiques, culturelles, d'efficacité...

Voilà voilà !



8. Emma B. 16/06/2010

merci beaucoup

9. Amandine G 16/06/2010

Bonjour,
en tant qu'élève curieuse et jamais épuisée de questions, je voulais vous en poser une sur l'économie. (Rien à voir avec les cours)

Voilà, en histoire on a vu cette année que le keynésianisme a été adopté deux fois durant les dernières décennies : aux Etats Unis sous Reagan et en France avec Mitterrand. Mais à chaque fois cette politique de relance s'est soldée par une crise plus profonde.
Alors est-ce-que l'idée keynésienne est totalement absurde ou est-elle vraiment intéressante mais qu'elle n'a pas encore trouvé sa "voie optimale d'application" ?

10. Pascal G 16/06/2010

Bonjour,

E, règle générale, la mention de l'auteur n'est jamais une "obligation". Mais je vous recommande de l'indiquer s'il vous semble que vous vous en souvenez. Une erreur d'auteur n'est jamais qu'une erreur de mot... et, mis à part sans doute en ce qui concerne la confusion Nietzsche / Kant, qui est effectivement ennuyeuse (parce qu'elle est quasi absolue), on ne vous en voudra pas.

Par ailleurs, dans une explication de texte, le but est effectivement de parvenir à expliquer et illustrer les propos du texte. Dans ce cas, les arguments et les exemples vus en cours peuvent être utilisés dans l'optique du texte (et la mention de l'auteur devient secondaire).

En revanche, si l'argument ou l'exemple que vous cherchez à mobiliser (parce qu'il porte sur le même thème, la même question) ne constitue pas directement une justification ou une illustration des propos de l'auteur, et correspond donc plutôt à une approche différente du même problème, alors mieux vaut l'utiliser pur la "mise en perspective" finale du texte.

Mise en perspective dont je vous rappelle le caractère strictement OBLIGATOIRE dans une explication. Et, dans ce cas, le où de l'auteur est important, dans la mesure où vous cherchez à mettre en rapport deux systèmes philosophiques différents (par exemple, pour mettre en lumière une divergence sur l'un des points du texte.)

Voilà voilà.

Dans le cadre d'une dissertation, il ne faut pas hésiter à indiquer le nom de l'auteur ; par ailleurs, nous avons cherché cette année à bien différencier les approches des auteurs lorsque nous en avons mobilisé plusieurs pour un même thème. Et ils se retrouvent dans les quiz. Donc : vous devriez pouvoir faire confiance à votre mémoire.

Avant-dernier point : le fait de se relire est TRES important.

Dernier point : je te conseille (donc) d'avancer ta montre de 10 minutes. Comme ça tu pourras rendre ta copie dans les temps, sans manquer des sempiternelles 10 minutes qui t'ont fait défaut tout au long de l'année...

Bonne chance !

PG

11. Emma B. 13/06/2010

Bonsoir
j'aimerais savoir si quand on choisit l'explication de texte (au bac) et qu'on veut mettre un argument ou un exemple du cours, il faut précisé de quel auteur c'est ou si ca n'a pas d'importance ?


Emma.

12. Pascal G 14/04/2010

Bonsoir Joana L,

La liste est en cours d'élaboration... ça vient ! (Le tout sera prêt à la fin de la semaine)
Bonnes vacances
PG

13. Joana L. 14/04/2010

Bonjour. Je voulais savoir s'il était possible d'avoir une liste des notions à connaitre pour notre futur DS sur la Politique.

Bonnes vacances ! :)

14. Marion 06/04/2010

Bonjour, je suis dans la phase "je rédige ma dissertation" ;) et j'aimerais savoir ,s'il est possible de dire que pour Kuhn , tout comme pour Popper, "le social" et "le culturel" sont des conditions nécessaires pour une science objective?
En effet , après avoir lu Kuhn,il ne me semble pas qu'il se pose la question de l'objectivité... pourtant ça m'arrangerai bien ... :)

ps : pouvez-vous me répondre sur ma boite mail svp.

15. marion 24/03/2010

Re-bonjour ,

désolée de vous écrire encore une fois , mais j'aimerais savoir si vous avez eu mon mail ? et si vous seriez d'accord pour que l'on discute de cette question d'épistémologie ...

16. Pascal G 23/03/2010

Bonsoir Amandine,

Voici donc mise au jour l'une des ambiguïtés qui surgissent dès que l'on "résume" un peu trop... ce qui était le cas dans mon topo.
En fait, j'ai essayé de faire apparaître les différences de points de vue entre Kant et Spinoza sur la question de la liberté d'expression. mais cela n'implique pas que l'un récuse tout ce que dit l'autre...

Pour Kant aussi, le philosophe peut jouer un rôle dans le conseil des princes ; et pour Spinoza, la légitimité de la liberté d'expression ne repose pas seulement sur le fait d'améliorer le droit.

En revanche, on peut insister sur le fait que la logique de l'argumentation de Spinoza concernant la liberté d'expression est assez semblable, quel que soit le domaine qu'il interroge.

Par exemple, Spinoza s'est interrogé sur la liberté d'expression face aux exigences de la religion. Pour lui, la liberté d'expression découle ici encore de la liberté de pensée. Pour Spinoza, la religion ne peut interdire de penser ou d'exprimer une idée sous prétexte qu'elle serait "contraire à la vérité telle que nous l'enseigne la religion".

Pour Spinoza, le but de la religion n'est pas de nous enseigner la vérité sur le monde (cela, c'est le travail de la philosophie), mais d'obtenir de nous obéissance et piété, c'est-à-dire une conduite conforme à la Justice et à la Charité. Il ne peut donc pas y avoir "d'opposition" entre la liberté de pensée / expression et la croyance religieuse bien comprise.

Sauf... (et on retrouve encore l'argumentation du texte politique), sauf si l'individu utilise la liberté d'expression pour enseigner "des opinions propres à répandre parmi les hommes l'insoumission, la haine, l'esprit combatif et la colère".

On retrouve donc la logique de l'argumentation, dans un espace autre que celui du droit. dans la mesure où ce qui est interdit est ce qui est contraire à la justice et à la charité, puisqu'une pensée ne peut pas produire par elle-même l'injustice, il n'y a pas de raison de proscrire la liberté de pensée ou d'expression... sauf si l'individu utilise cette liberté pour propager la haine.

En ce sens, le texte de Spinoza est assez proche de la manière dont la censure se trouve justifiée dans un cadre républicain. Aujourd'hui encore, on ne peut pas publier n'importe quoi. On peut faire de la satire, de la caricature, etc. Mais on ne peut pas, notamment, "inciter à la haine raciale".

La liberté d'expression est donc limitée, dans un cadre républicain, non par le fait qu'il faut interdire certaines pensées (parce qu'elles seraient fausses, insanes, etc.) mais parce que leur expression peut avoir un impact qui viole le respect de la liberté, de la dignité, etc. des hommes. Si tel n'est pas le cas, la censure devient illégitime.

Cette distinction est très importante. cela signifie que l'Etat ne peut pas prétendre détenir un monopole de la vérité. Tant que l'on interdit des paroles parce qu'elles sont fausses, cela veut dire que l'Etat détient LA vérité, et qu'il peut donc contrôler l'expression et la diffusion des idées en fonction de leur conformité à cette vérité.

En revanche, lorsque l'on n'interdit l'expression d'une idée que lorsque les modalités de son expression entrent en contradiction avec les exigences de la justice, cela ne signifie en rien que l'Etat détient le monopole de la Vérité. Cela signifie simplement qu'il a pour fonction de garantir les droits des citoyens...

...ce qui est totalement différent !

dans cette optique, l'acte de s'exprimer devient un acte comme les autres. Et comme tous les autres, il est soumis au respect du droit d'autrui.

Voilà voilà. J'espère que tout ceci permettra de corriger le biais "réducteur" que ma présentation faisait subir à la pensée de Spinoza. En y réfléchissant bien, la conception spinoziste de la liberté d'expression est assez puissante pour sa légitimation, même dans un cadre contemporain.

Elle n'est pas inintéressante à mobiliser pour analyser le cas des "caricatures de Mahomet", dont certains médias se sont emparés pour jouer les martyrs. Ces médias (comme Charlie Hebdo) ont cherché à faire croire que le litige portait sur le droit à la caricature. Ce n'est pas le cas. La question soulevée par les plaignants était de savoir si certaines modalités de caricature pouvaient porter atteinte au respect des croyances d'autrui.

En ce sens, la question n'était pas de savoir si on avait le droit de "critiquer Mahomet", mais de savoir si CES caricatures pouvaient être considérées comme portant atteinte à la liberté de conscience, au respect des croyances religieuses, c'est-à-dire aux droits d'autrui. En ce sens, leur question était... assez spinoziste.

Ils ont perdu et, en un sens, ils devaient perdre (mais cela constitue déjà un jugement personnel) parce que les caricatures en cause ne pouvaient pas réellement être interprétées comme des injures islamophobes, ou d'autres choses de ce genre. Elles n'étaient pas des appels à la haine interconfessionnelle ou autre. En ce sens, il s'agissait bien de liberté d'expression, sans violation directe des droits d'autrui.

En revanche, on peut effectivement regretter que, à une période où l'islamophobie se faisait un peu préoccupante (le 11 septembre a fait des ravages), certains médias (comme CH) se soient emparés de ce cas pour lancer une grande campagne "anti-islamiste" au nom de la liberté.
Etant donné les liens que l'opinion publique tisse entre islam et islamisme (de nombreux journalistes intervertissent régulièrement les termes...), il n'était peut-être pas nécessaire d'en rajouter. Par ailleurs, il est assez curieux de constater qu'un journal comme Charlie Hebdo, qui revendique la libre pensée contre la pensée unique, qui revendique le fait de penser à contre-courant,qui cherche à promouvoir le contre-discours, etc. ait choisi de lancer sa grande campagne... contre l'islamisme !

C'est-à-dire d'enfourcher un cheval de bataille déjà chevauché par 99 % de l'opinion publique, ainsi (à l'époque) que par un président américain qui ne brillait pas particulièrement par son intelligence tolérante envers les pays musulmans.
Bref, de partir en guerre contre ce qui était déjà considéré, et bien souvent pour de mauvaises raisons, comme la plus grande menace pesant sur notre pauvre monde. Comme contre-pensée, on fait mieux.

cela valait-il une condamnation en justice ? La justice française a dit non, et elle a sans doute eu raison. La manière dont Charlie a bruyamment secoué ces malheureuses caricatures (d'un autre journal qui, lui, n'a pas surenchéri) était sous bien des aspects très contestable ; mais elle l'était, non parce qu'elle violait les droits d'autrui, mais parce qu'elle était bête. Or il n'est pas interdit (et il est très important qu'il ne soit pas interdit) d'être bête.

Comme l'a dit Olivier Roy, un "islamologue" contemporain qui n'a rien d'un fanatique (c'est l'un des "spécialistes de l'islam politique" régulièrement invité sur les plateaux télé...), il n'y a pas de droit à la liberté d'expression sans droit à la bêtise. Le fait qu'il soit reconnu est très légitime (le contraire conduirait encore une fois à un très dangereux "monopole de l'intelligence" par l'Etat...) ; ce qui est dommage, c'est que certains médias s'en servent autant.

Voilà... une petite mise en perspective de la pensée de Spinoza ! Qui n'engage que moi, évidemment, mais après tout il s'agit d'un site personnel...

...un point qu'il serait d'ailleurs intéressant de questionner d'un point de vue juridique. Jusqu'où le devoir de réserve s'étend-il pour ce type d'espace privé lorsqu'il appartient à un fonctionnaire de l'Etat ?

Décidément, la question de la liberté d'expression est une véritable poupée russe !

A demain !

PG

17. Amandine G. 23/03/2010

Bonjour,
Je tiens vraiment à vous remercier pour tout le temps que cela a du vous prendre. Je trouve que ces deux positions différentes autour de la liberté d"expression sont très intéressantes.

Mais je me demandais si pour Spinoza, la liberté d'expression n'était qu'une faculté qui aidait à rendre la société plus juste ou si elle pouvait apporter à l'homme un jugement autonome et réfléchi. Car si pour lui, il ne faut user de la liberté d'expression que dans le cadre de la loi et que pour améliorer le droit positif, cela restreint en quelque sorte la liberté : sa capacité à agir conformément à ce qu'il pense dans sa vie de tous les jours...

18. Pascal G 23/03/2010

Re-bonsoir Amandine,

La position de Spinoza est différente de celle de Kant : mieux vaut donc choisir d'exposer dans un travail de type "dissertation" ce que dit l'un, ou ce que dit l'autre, mais non les deux en même temps. Cela évite les confusions.

Le texte canonique de Spinoza sur la question de la liberté d'expression (déjà tombé au bac) est le suivant :

"Puisque le libre jugement des hommes est extrêmement divers, que chacun pense être seul à tout savoir et qu'il est impossible que tous donnent la même opinion et parlent d'une seule bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l'individu n'avait renoncé à son droit d'agir suivant le seul décret de sa pensée. C'est donc seulement au droit d'agir par son propre décret qu'il a renoncé, non au droit de raisonner et de juger ; par suite nul à la vérité ne peut, sans danger pour le droit du souverain(1), agir contre son décret, mais il peut avec une entière liberté donner son opinion et juger et en conséquence aussi parler, pourvu qu'il n'aille pas au-delà de la simple parole ou de l'enseignement, et qu'il défende son opinion par la Raison seule, non par la ruse, la colère ou la haine, ni dans l'intention de changer quoi que ce soit dans l'Etat de l'autorité de son propre décret."

Ce texte affirme trois idées. La première est que l'ordre social exige que chacun renonce à agir exclusivement en fonction de ses opinions personnelles. Puisque tous les individus pensent différemment, et qu'ils sont tous sûrs d'avoir raison, si chacun n'en faisait "qu'à sa tête", ce serait le désordre et le chaos. L solution du problème, c'est évidemment le droit, qui garantit l'ordre public en obligeant tous les individus à s'abstenir de tous les actes qui contredisent l'ensemble des règles collectives et obligatoires, émises par le Souverain.

La seconde idée suit la première. Ce qui peut créer le désordre, c'est le fait que chacun agisse comme il l'entend. En revanche, le fait que chacun pense et exprime sa pensée ne nuit pas à l'ordre social : c'est l'anarchie des actes qui mène au chaos, pas la diversité des pensées et des discours.
Par conséquent, si les individus doivent s'engager à s'abstenir d'agir contrairement aux lois, on ne voit pas bien pourquoi le droit devrait les empêcher de penser et de s'exprimer.

Ainsi, pour Spinoza (qui n'est pas un révolutionnaire dans l'âme),lorsqu'une loi me semble injuste, que dois-je faire. Je ne puis pas lui désobéir, agir en allant à l'encontre de la loi. En revanche, j'ai tout à fait le droit de penser et d'exprimer des critiques réfléchies. Mieux : on peut considérer que le fait de communiquer mes remarques au Souverain est un devoir de citoyen. Puisque ainsi, je ne porte pas atteinte à la loi (je ne lui désobéis pas), mais je travaille à l'améliorer.

La troisième idée vient préciser la seconde. ce que nous venons de dire justifie l'expression de pensées rationnelles à l'égard de la loi. Si le but est de rendre la loi plus conforme à la raison, plus raisonnable, alors il est clair que mes remarques concernant la loi devront prendre appui sur des arguments rationnels.

Le travail du bon citoyen ne justifie donc pas l'expression de considérations fondées sur les sentiments tels que la colère ou la haine. Je peux chercher à éclairer le peuple et le Souverain, mais je n'ai pas le droit de chercher l'exciter par des sophismes démagogiques ou des incitations à la violence.
De la même façon,je peux, je dois chercher à convaincre le Souverain qu'il faut modifier la loi ; mais lui seul possède l'autorité légitime pour le faire. Je ne dois donc pas chercher à modifier ou à détruire par moi-même la loi injuste : je dois seulement user de la liberté d'expression pour apporter des arguments rationnels visant à convaincre les autorités du caractère raisonnable des modifications que je suggère.

Chez kant, la liberté d'expression désignait d'abord la liberté reconnue aux penseurs de formuler et diffuser leurs raisonnements pour éclairer le peuple et lui permettre de forger un jugement autonome réfléchi. Kant s'inscrit dans le projet des Lumières : il faut éclairer le peuple, lui permettre d'accèder à la liberté.

Chez Spinoza, la liberté d'expression vise davantage le droit reconnu à tout individu de formuler publiquement ses réflexions pour tenter d'éclairer le souverain et le convaincre (et non : persuader) d'apporter des améliorations à sa loi. Spinoza est un penseur antérieur à la philosophie des Lumières (c'est un penseur du XVII° siècle) : le but est d'éclairer le Souverain pour rendre la loi meilleure. Chez Spinoza, le philosophe est moins un "éclaireur du peuple" qu'un "conseiller du prince"...

Voilà voilà. J'espère avoir répondu à ta question. Le problème des "topos" est qu'ils tendent toujours à se retreindre à un condensé de "topoi" (lieux communs). Mais une fois de temps en temps, cela permet d'éclairer un peu les choses...

A mercredi !

PG

19. Pascal G 22/03/2010

Bonsoir Amandine,

Bien, commençons par Kant.
Dans l'un des opuscules favoris des profs de philo, "Qu'est-ce que les Lumières ?" Kant effectue un plaidoyer en faveur de la liberté d'expression.

Pour Kant, dans ce texte, il s'agit avant tout de rechercher les conditions de possibilité de la liberté, d'abord conçue comme autonomie du jugement ("penser par soi-même").
Pour Kant, ce ne sont ni les tuteurs familiaux (parents), ni les responsables politiques qui peuvent travailler directement à ce développement de la pensée rationnelle autonome.
Les responsables politiques peuvent certes vouloir le "bien" de leur peuple ; et les parents veulent le bien de leurs enfants. Mais justement, en cherchant à "faire leur bien", ils les maintiennent dans un état de "minorité" (au sens ici d'immaturité intellectuelle).
On ne peut pas recevoir notre émancipation intellectuelle de la main de nos parents ou de nos dirigeants : il faut la produire par soi-même : l'autonomie du jugement est ainsi une démarche par laquelle je m'émancipe de toute "tutelle", familiale ou politique, et ce n'est pas cette tutelle elle-même qui peut me conduire jusqu'à cette émancipation. Je ne peux pas recevoir ma liberté de la main de ceux dont je dois me libérer !

Le problème, c'est que je ne peux pas non plus y arriver tout seul. La pensée rationnelle est, fondamentalement, dialogue. Ce n'est pas en méditant tout seul dans mon coin que je développerai une pensée libre : il ne faut pas confondre autonomie et solitude !
Il faut donc que ma pensée se développe au contact d'autres pensées, et particulièrement au contact de la pensée des "penseurs" ; il s'agit bien ici de la liberté de tous, et non des seuls "philosophes" . Mais justement, l'individu du commun doit exercer et développer sa pensée par la lecture, l'étude et l'examen de la pensée de ceux dont l'exercice de la pensée est la tâche fondamentale.

Il faut donc que la pensée de ceux qui pensent puissent s'exprimer librement, qu'elle soit accessible et qu'elle se diffuse dans l'espace public pour que le peuple puisse développer l'exercice de son jugement, produisant ainsi les conditions de son autonomie.

Promouvoir la liberté d'expression, ce n'est donc pas, pour Kant, autoriser n'importe qui à dire n'importe quoi. C'est d'abord laisser les penseurs s'exprimer et se faire entendre dans l'espace public pour que le peuple puisse former son propre entendement, sa propre raison, son propre jugement.

En ce sens, kant rejoint bien le projet des Lumières françaises, et notamment celui des Encyclopédistes, projet selon lequel il fallait diffuser au sein du peuple la connaissance, le savoir, les idées pour que tout individu puisse atteindre le statut de "majeur" politique, capable de produire un jugement autonome et réfléchi. Ce sont ici toutes les libertés qui garantissent l'expression, la communication et la diffusion du savoir qui sont envisagées (notamment la liberté de presse).

De la même façon, Kant réclame la mise en oeuvre de structures d'enseignement public puisque, comme les Lumières de France, il conçoit l'instruction publique, non comme un espace de formation professionnelle permettant à l'individu d'acquérir des compétences techniques, mais comme un lieu de formation du jugement réfléchi où l'accès au savoir sert de support à l'exercice d'un jugement libéré de l'influence du contexte social, parental ou politique.
L'école doit être un espace soustrait aux influences qui pèsent sur l'exercice du jugement, non pas pour produire en fin de parcours un jugement "athée" (Kant ne l'était pas), mais pour que chacun puisse construire un jugement autonome. Là encore, on rejoint le programme républicain issu des Lumières. Si tous les citoyens doivent aller à l'école, c'est que l'école est d'abord l'école de la citoyenneté, en ce qu'elle permet à chacun de développer ce jugement autonome, sans lequel il ne peut y avoir de citoyenneté véritable.

Liberté d'expression et instruction publique sont donc les deux champs de la "culture" au sens philosophique, c'est-à-dire du travail des faculéts par lequel celles-ci, en s'exerçant, acheminent progressivement l'individu vers sa "majorité", c'est-à-dire vers sa capacité à agir conformément à ce qu'il pense, lorsqu'il pense par lui-même : liberté.

Voilà... cela fait bien longtemps que je ne m'étais livré à ce genre de "résumé" ! J'espère avoir été assez clair... même si condenser tout l'opuscule en quelques lignes, c'est forcément discutable.

Pour info, on trouve sur le web une assez jolie présentation du texte de Kant. Le passage sur les enjeux de la liberté d'expression est assez clair, et quelques enjeux contemporains sont soulevés, ce qui n'est pas à négliger dans une optique "sciences-po". Voici le lien : http://fredericdupin.wordpress.com/2009/09/05/kant-quest-ce-que-les-lumieres-un-commentaire/

Si tu as des questions, n'hésite pas.

Bon, je vais réfléchir à une présentation de Spinoza.

20. Amandine G. 22/03/2010

Bonjour, j'ai une question sur un sujet que j'étudie dans le cadre du concours science po.
Sur le site de l'IEP, il y a un exemple de sujet : "médias et libertés".
A un moment, il est écrit :

"La question de la liberté d’expression est enfin, nous l’avons dit, une question
politique qui traverse la pensée philosophique. Vous avez donc peut-être déjà rencontré
durant votre année de terminale le problème, chez Spinoza ou Kant, n’hésitez pas à solliciter
ici votre professeur de philosophie(de Kant, Qu’est-ce que les lumières ? par exemple)".

J'aurais donc voulu savoir ce que disent Kant et Spinoza sur le sujet si ça ne vous dérange pas.
Merci, Amandine.

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