Devoir d'être heureux

Voici le corrigé correspondant à cette partie du cours [ce corrigé a été distribué aux TS, qui ont eu à expliquer ce texte en DM. La méthodologie sivie correspond donc à celle d'une explication de type bac pour les séries générales].

Introduction

 Ce texte est extrait du recueil du philosophe français Alain intitulé Propos, publié en 1923, et porte [Thème] sur les notions de bonheur et de devoir. La question que pose ici Alain concerne les rapports entre ces deux notions : la recherche du bonheur s'oppose-t-elle à l'accomplissement de notre devoir ? Pour Alain, il n'en est rien. [Thèse] Loin de s'opposer au devoir, la recherche du bonheur constitue elle-même un devoir fondamental. [Plan] Pour démontrer cette thèse, Alain commence par rappeler que l'amour dont jouissent les gens heureux est une reconnaissance légitime, qu'ils méritent du fait de "l'assainissement" de l'atmosphère commune que leur bonheur provoque. Alain souligne ensuite le fait que le bonheur peut être considéré comme un devoir sentimental, la promesse d'être soi-même heureux étant la promesse que doivent se faire les amants ; loin d'être un acte de simple égoïsme, la recherche de notre bonheur constitue donc également un acte de générosité. Alain termine sa démonstration en formulant une suggestion ouvertement provocatrice : il faudrait décerner aux gens heureux une couronne civique. Car Alain assume la réciproque de sa thèse : si la recherche du bonheur est cause de bienfaits sociaux, à l'inverse le malheur individuel est la principale cause des désastres collectifs.

 Explication

 Pour Alain, on n'a pas assez reconnu que le bonheur constituait aussi un devoir envers les autres, c'est-à-dire une obligation morale à leur endroit. Cette phrase est évidemment surprenante ; on peut éventuellement admettre que la recherche du bonheur constitue un devoir envers soi-même, puisque tout homme cherche à être heureux. Chercher notre bonheur personnel, ce serait donc répondre à une exigence de notre nature. On pourrait également admettre, pour la même raison, qu'il serait de notre devoir envers les autres de rechercher leur bonheur à eux, c'est-à-dire de les aider à atteindre ce but universel qu'est le bonheur. Mais comment dire que la recherche de notre bonheur constitue un devoir envers les autres ? En quoi ai-je l'obligation morale, face à autrui, de veiller à la pleine réalisation de mes désirs ? Voilà qui est paradoxal !

On admet généralement que ceux qui sont heureux sont les seuls à être aimés ; ce qui est une formule relativement cynique, puisqu'elle implique que les gens malheureux (ceux qui, par conséquent, auraient le plus besoin de notre amour), on ne les aime pas. Mais Alain prend le contre-pied de ce cynisme en affirmant que l'amour dont jouissent les gens heureux est "une récompense juste et méritée" : il est légitime, pour Alain, d'aimer les gens heureux, car cet amour constitue une reconnaissance des bienfaits qu'ils nous apportent. Nous voici ramenés à notre paradoxe de départ : en quoi le fait qu'un individu recherche son bonheur, en quoi le fait qu'il parvienne à réaliser ses désirs à lui, nous apporte-t-il un avantage quelconque ? Est-ce parce qu'il parvient, lui, à trouver la compagne (ou le compagnon) de sa vie que je parviendrai, moi, à en faire autant ? En quoi aurais-je des raisons de me réjouir du fait qu'un autre que moi est heureux ? Le bonheur des autres, lorsque je ne suis pas heureux, semble davantage fait pour me rendre envieux, jaloux ou aigri…

La réponse d'Alain est qu'il n'y a pas de frontières étanches entre les bonheurs individuels : notre bonheur dépend de "l'atmosphère que nous respirons tous", il dépend de l'ambiance sociale environnante. A première vue, une telle formule semble tout aussi paradoxale que les précédentes. Y aurait-il dans l'air des virus du malheur et des bactéries du bonheur ? Est-ce parce que les autres "respirent" le bonheur que je vais, moi, profiter de leurs rejets de bien-être dans l'atmosphère ? Ce n'est sans doute pas ce que veut dire Alain…

Pour comprendre cette phrase, il faut admettre que, ce qui nous rend heureux ou malheureux, c'est moins le monde tel qu'il est, c'est-à-dire un ensemble de faits, d'événements qui m'arrivent, que la manière dont je les perçois. Chacun sait que, selon mon humeur et mon état d'esprit, un même événement est capable de me chagriner, de m'angoisser, etc. ou, au contraire, de me laisser totalement indifférent, de m'apparaître négligeable. Face à un plat beaucoup trop cuit, je peux me désespérer en me disant que "oh, c'est dommage, j'avais tellement envie de préparer quelque chose de bon, j'aurais vraiment voulu réussir, non vraiment ne vous forcez pas, je vais tout jeter à la poubelle, un si bon gâteau…", etc. Mais je peux aussi m'esclaffer bruyamment devant mes splendides talents culinaires. Inversement, il y a des jours où le simple chant d'un oiseau me réjouira, alors qu'en d'autres temps je peux prendre prétexte même de ce qui semble être à tout le monde une bonne nouvelle pour manifester mon mécontentement. Ces exemples illustrent bien le fait que ce n'est jamais l'événement comme tel (sauf catastrophe absolue) qui peut me rendre heureux ou malheureux ; mais la manière dont je l'interprète, ce que je choisis d'y voir, le sens que je lui donne. Alain rejoint ici la manière dont les Stoïciens concevaient le bonheur : apprendre à être heureux, c'est d'abord apprendre à voir de monde d'une façon telle que l'on saura s'en réjouir. Par conséquent, c'est d'abord décider d'être heureux, puisque je reste libre de mes interprétations.

Or notre façon de "voir les choses" n'est pas étrangère à l'atmosphère environnante ; une ambiance morne et morose nourrit des interprétations pessimistes ; une atmosphère joyeuse et enthousiaste nous invite à l'optimisme. Si la joie est communicative, ce n'est (évidemment) pas parce la réalisation des désirs d'un individu débouche naturellement sur la réalisation de ceux des autres. C'est parce que le bonheur repose d'abord sur une manière de considérer le monde, une "façon de voir les choses" qui, elle, est communicative.

On comprend alors la métaphore médicale d'Alain selon laquelle les gens heureux "digèrent les miasmes", "purifient la vie commune". Il ne s'agit évidemment pas d'affirmer que les gens heureux seraient des sortes d'antiseptiques qui détruiraient les "microbes de bonheur" présents dans l'atmosphère. En revanche, on peut bel et bien les considérer comme des "anti-sceptiques", ou plus encore des "anti-pessimiques", qui génèrent des manières rassérénantes de voir le monde, qui savent y discerner ce qui y est réjouissant, et qui nous communiquent ainsi des grilles de lecture du réel à travers lesquelles le déplaisant devient insignifiant, tandis que le plaisant devient décisif. Voir le monde, c'est toujours l'interpréter, c'est-à-dire lui donner un sens en donnant la priorité à tel ou tel des faits qui le constituent, en privilégiant l'une ou l'autre de ses conséquences possibles. Les gens heureux le sont parce qu'ils ont su construire une interprétation bienveillante du monde ; et c'est cette interprétation qu'ils nous communiquent. Si les gens heureux "donnent l'exemple", ce n'est pas parce qu'ils nous montrent comment réaliser nos désirs. C'est parce qu'ils nous montrent comment il faut voir le monde pour garder confiance en lui et en nous, dans notre propre capacité à réaliser nos désirs en lui.

Il est donc juste d'aimer les gens heureux : ce sont eux qui nous donnent les clés d'une interprétation rassérénante du réel et qui, par conséquent, renforcent notre optimisme et notre confiance. Or si le bonheur a cet effet, comment ne pas voir qu'il est de notre devoir d'être heureux ? Si ce qui rend possible notre bonheur personnel (une façon confiante de voir le monde) conduit aussi les autres vers le bonheur, il devient alors de notre devoir d'être heureux. Car, comme nous l'avons reconnu auparavant, c'est une obligation morale que de contribuer, quand on le peut, au bonheur d'autrui. Travailler à être heureux, c'est lutter contre le monopole des interprétations pessimistes du monde (largement diffusées, pourrait-on dire aujourd'hui, par les médias…), source majeure de désespoir collectif.

Pour Alain, ce constat vaut pour les rapports humains en général, mais il vaut particulièrement pour le domaine amoureux. Là encore, sa thèse peut surprendre. Dire que le fait d'être soi-même heureux est ce que l'on doit promettre dans un serment d'amour est paradoxal : ce serment ne consiste-t-il pas plutôt à promettre que l'on fera tout pour rendre l'autre heureux ? La suite du texte nous donne l'explication, en rappelant que le malheur de celui qu'on aime est la chose la plus difficile à porter. Car, pour reprendre notre analyse précédente, il m'est très difficile de "relativiser" l'importance, pour moi, de son malheur. Comment se dire : "il est malheureux, et alors ? Ce n'est pas si grave…"

Le malheur de celui que j'aime ne peut me conduire qu'à la sym-pathie, à la com-passion, c'est-à-dire au fait de souffrir avec lui. Soit en "partageant" sa tristesse (ce qui, en fait, est absurde, car on ne voit pas bien en quoi le fait que, moi, je sois triste, le soulagerait d'une partie de sa tristesse…), soit en effectuant pour lui, à sa place, le travail fatiguant, épuisant de "positivation" du réel. Le fait de se persuader soi-même qu'il n'y a pas lieu de s'affliger de ce qui nous arrive nous coûte déjà beaucoup d'énergie : combien d'efforts exige le fait de persuader quelqu'un d'autre que ce qui lui arrive, à lui, ne devrait pas l'empêcher de jouir de l'existence ? Admettre la détresse, la reconnaître, puis remonter, pas à pas, vers la lumière, en renforçant peu à peu la confiance, travailler à faire renaître le sourire, décharger l'autre des fardeaux que l'on peut porter soi-même, etc. Quoi de plus épuisant pour celui qui, par amour, cherchera à le faire sincèrement ?

On pourrait même aller plus loin. L'amour, pour Alain, est une relation qui repose sur l'égalité. Aimer, c'est cheminer avec, c'est parcourir la vie en la découvrant (et en la faisant naître) ensemble. L'amante (ou l'amant) c'est d'abord la compagne (ou le compagnon) : celui qui avance à nos côtés. Ce qui suppose qu'il soit capable d'avancer par lui-même. Pour Alain, l'inégalité détruit les conditions de l'amour ; lorsque l'un des amants "tire" l'autre, lorsqu'il s'installe durablement dans la position du guide, l'égalité est rompue. L'amant devient alors maître, mentor ou ange gardien — mais non plus amant. Alain rejoint ici Nietzsche, pour lequel l'amour impliquait une forme de "dépendance indépendante" ; certes, celui que j'aime est important pour moi; mais je ne dois pas avoir besoin de lui au point de désespérer s'il cesse de m'accompagner, de me sup-porter. Le véritable amour, pour Nietzsche, se devait d'être "solaire", unissant deux êtres cheminant côte à côte. Rien n'était donc plus contraire, destructeur pour l'amour qu'une relation inégale où l'un des amants doit prendre en charge la détresse de l'autre. On comprend ainsi les raisons pour lesquelles c'est bien notre bonheur que nous devons promettre à celui / celle que nous aimons : pour lui épargner, d'une part, le travail de positivation de "notre" réel (de notre interprétation du réel) ; mais aussi pour garantir les conditions mêmes de l'amour. Dire "Je te promets d'être heureux" signifie : tu n'auras pas à supporter ma détresse, nous pourrons cheminer main dans la main, côte à côte.

On comprend alors pourquoi cette recherche peut être considérée comme l'offrande "la plus belle et la plus généreuse" : rechercher le bonheur, c'est donc agir par amour et pour l'amour.

La dernière idée du texte est, quant à elle, tellement paradoxale qu'elle semble relever de la bouffonnerie. Alain nous suggère en effet de décerner une "couronne civique" à ceux qui sont heureux. Si l'on rappelle que le "civisme" se définit par le fait de privilégier l'intérêt général sur l'intérêt privé, on voit tout ce qu'il y a de surprenant à vouloir décorer pour leur civisme ceux qui recherchent leur bonheur à eux ! Il s'agit évidemment d'une boutade, puisqu'on imagine mal un adjoint au maire remettre des couronnes sur la place publique aux citoyens reconnus comme les plus satisfaits de leur existence. Ce qu'il nous faut donc trouver, c'est la raison pour laquelle le bonheur des individus peut être considérée comme un acte de citoyenneté responsable. Nous avons déjà quelques éléments : les gens heureux purifient l'air, etc. Mais Alain nous livre ici une nouvelle justification, qui repose en fait sur la réciproque de sa thèse : le malheur individuel conduit à des catastrophes sociales.

A première vue, cette idée semble étrange : en quoi le fait qu'un individu soit malheureux pourrait-il conduire, comme le dit Alain, à des guerres, des cadavres, des ruines ou à des dépenses d'Etat ? En quoi tout ceci pourrait-il résulter de la jalousie de ceux qui sont malheureux à l'égard de ceux qui tentent de l'être ? Nous laisserons de côté les tentatives visant à prendre ce rapport comme une relation directe de cause à effet (du type : s'il y a eu des millions de morts durant la seconde guerre mondiale, c'est parce que Hitler avait raté son examen de peinture…) La raison doit être ailleurs.

Qu'est-ce donc qui mène aux massacres collectifs ? Une guerre, quelle qu'elle soit, implique toujours autre chose qu'une décision individuelle : des facteurs sociaux, économiques, politiques, etc. Mais la plupart des grands massacres humains ont également une autre cause, qui est une cause idéologique. L'une des justifications fondamentales apportées aux guerres sanglantes, c'est l'idée selon laquelle le monde, tel qu'il est, est insatisfaisant, corrompu ou dégénéré, et qu'il faut donc avoir recours à des procédés de transformation radicale pour lui redonner sa valeur. Le nazisme et le communisme sont avant tout des idéologies, et c'est en tant qu'idéologies qu'ils ont pu conduire à des exterminations de masse. Prenons l'exemple du communisme : c'est parce que le régime stalinien prétendait transformer radicalement les rapports entre les hommes, parce qu'il fallait détruire radicalement le système social qui existait pour lui substituer une autre société, parce qu'il fallait détruire l'homme ancien pour lui substituer "l'homme nouveau" que le stalinisme a pu conduire à la destruction pure et simple de toutes les structures sociales qui existaient en Russie, éliminant systématiquement (comme "réactionnaires", c'est-à-dire ennemis de la révolution) les opposants à cette transformation.

Le point de départ théorique des grands massacres humains, c'est qu'il faut transformer le monde car le monde, tel qu'il est, est repoussant (ou en voie de le devenir).

Bref, ce qui est à l'origine des conflits humains, c'est l'insatisfaction devant le monde tel qu'il est, le désir de le détruire pour le transformer en un autre monde, nouveau et (donc) meilleur… Bref, la manière de voir le monde qui sous-tend les grands conflits, c'est une représentation malheureuse du monde, une vision du monde qui ne tolère l'optimisme qu'à la condition d'anéantir les choses et les hommes tels qu'ils sont actuellement. En ce sens, si la guerre est une folie, c'est d'abord parce qu'elle partage un mécanisme commun avec la psychose : la volonté de réduire ce monde à néant pour en inventer un autre. Un théoricien pessimiste, des dirigeants névrosés et des masses insatisfaites ou angoissées : tous les ingrédients d'un massacre collectif.

On comprend alors, une dernière fois, pourquoi travailler à être heureux, choisir de l'être, est un acte de civisme. C'est une lutte contre les représentations pessimistes du monde qui, d'une part, dépriment nos contemporains, mais d'autre part concourent à la naissance et à la propagation des idéologies politiques qui conduisent les hommes à s'entretuer.

 Conclusion

 A l'issue de ce texte, nous pouvons donc admettre que le fait de rechercher notre bonheur peut être considéré comme un devoir, comme une obligation morale que nous aurions envers les autres. L'homme heureux génère des manières de voir le monde qui en soulignent la beauté, plutôt que de se complaire dans le récit de ses imperfections ; et si sa joie est communicative, c'est d'abord parce que nous adoptons son interprétation du monde, sa manière de "voir les choses". En ce sens, être heureux est un devoir social. Mais c'est également un devoir amoureux, car notre bonheur personnel est à la fois ce qui épargne à ceux qui nous aiment la tâche de surmonter (et de nous faire surmonter) nos propres mécontentements, mais aussi ce qui permet à l'amour de se maintenir dans un rapport d'égalité. Enfin, la recherche du bonheur est un devoir civique, car c'est un acte de résistance aux idéologies pessimistes qui, du théoricien insatisfait au politicien avide de pouvoir, instrumentalisent la détresse des masses pour mieux légitimer le massacre des innocents.

L'enjeu propose donc une double déconstruction traditionnel entre égoïsme (recherche de notre bonheur) et altruisme (recherche du bonheur des autres). D'une part, il fait de la recherche du bonheur personnel une attitude conforme au devoir moral que nous avons envers autrui. C'est en recherchant notre bonheur que nous contribuons le plus efficacement au bonheur des autres : en recherchant notre intérêt, nous travaillons au Bien commun. Ce texte est donc résolument individualiste : c'est lorsque chaque individu se préoccupe de son intérêt propre que l'intérêt général est garanti. Alain produit donc une tentative de dé-culpabilisation de l'égoïsme, puisque rechercher notre bonheur devient l'acte le plus civique, le plus généreux. En ce sens, Alain semble ici rejoindre des penseurs comme Adam Smith, Mandeville ou Ricardo, qui tous ont reconnu dans l'égoïsme individuel, dans la recherche rationnelle par chacun de son intérêt personnel, un ingrédient nécessaire et capital du progrès social, du progrès économique et politique (voire moral) des sociétés.

Mais il n'est pas sûr que ce soit réellement cela que vise Alain. Alain n'est ni Adam Smith, ni Mandeville. Ce que vise Alain, c'est peut-être moins la déculpabilisation de l'égoïsme que la culpabilisation de l'altruisme. Pour Alain, il y a une parenté originelle entre la volonté de rendre l'humanité heureuse, et la tentation de la détruire. Sans la volonté plus ou moins délirante de bâtir un monde nouveau dans lequel, enfin, les hommes pourraient vivre heureux, les massacres humains seraient nettement plus rares dans l'histoire. La volonté de garantir le salut (chrétien) des âmes a parfois justifié l'extermination de populations entières par les colons ; Robespierre justifiait la Terreur au nom de la liberté du peuple qu'il fallait sauver ; Staline a justifié l'exploitation et l'oppression du peuple russe au nom de l'instauration d'une société nouvelle au sein de laquelle tous les membres du corps social pourraient enfin vivre heureux, etc. Si rechercher notre bonheur contribue à l'intérêt commun, en revanche la volonté forcenée de rendre les hommes heureux (éventuellement malgré eux) est sans doute la voie la plus directe vers leur oppression radicale. Tel est sans doute l'enjeu véritable du texte d'Alain, qui rejoint donc moins les thèses d'un libéralisme économique (comme celui de Smith ou de Ricardo) que d'un libéralisme politique. La société la plus heureuse n'est pas celle où la société veille au bonheur de tous, mais la société dans laquelle chacun est libre de rechercher le bonheur comme il l'entend (dans le respect des droits d'autrui). En ce sens, dire que chacun a le devoir d'être heureux, c'est aussi indiquer que la société et l'Etat, eux, n'ont pas le devoir de le rendre heureux. Et qu'un Etat qui chercherait à garantir à chaque citoyen le bonheur ne pourrait devenir — qu'une tyrannie.

 

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