L'Oedipe Roi (10.12.2009)

Bonsoir,

Nous sommes à présent entrés dans le royaume de la seconde topique : Ça, Moi et Surmoi.

Il n'est pas très difficile de montrer les lieux de continuité et de transformation entre les deux topiques. Le "Moi" de la seconde topique hérite en réalité de deux des trois structures de la première : conscient et pré-conscient ; le Ça, lui s'apparente à l'inconscient ; quant au Surmoi, il n'a pas d'analogue durect dans la première topique, si ce n'est cette fameuse "censure" entre inconscient et système préconscient-conscient, à laquelle il était difficile de reconnaître un statut psychique bien précis.

Mais, plutôt que de "coller" la seconde topique sur la première, il vaut mieux la reconstituer dans sa genèse propre. On pourrait dire en suivant Freud que "au commencement était le Ça" : le Ça est l'espace psychique originaire, il est le réservoir initial de toutes les pulsions, et en rapport direct avec le corps. Car pour Freud, toute pulsion est (au moins partiellement, mais nous n'entrerons pas ici dans l'un des débats les plus périlleux de la théorie psychanalytique....) d'origine physiologique, corporelle. Le Ça est donc l'espace psychique au sein duquel émergent toutes les pulsions. Une pulsion, nous l'avons vu, est toujours duelle : elle est constituée du "quantum d'affect", c'est-à-dire d'une certaine quantité d'énergie psychique (qui fixe l'intensité de la pulsion), et d'un "représentant-représenté", c'est-à-dire d'un ensemble d'images sensorielles qui représentent au sein du psychisme l'objet de la pulsion, et permettent d'identifier la pulsion. Pour illustrer ce point, on pourrait dire que, lorsque l'individu prend conscience d'une pulsion (faim, etc.) lui viennent en tête un certain nombre d'images sensorielles qui correspondent à l'objet de la pulsion...

(Le dessin ci-dessus, intitulé "what's on a man's mind" est probablement le plus connu de tous ceux qui ont été consacrés à la psychanalyse...) Je rappelle au passage que nous avons distingué dans le cours deux grands types de pulsionnels : les pulsions de vie (qui désignent toutes les pulsons qui visent à produire de l'union, du lien, de la synthèse, du rapport), et les pulsions de mort (qui visent à délier, dénouer, défaire les rapports, réduire un ensemble à ses constituants, dans l'optique générale d'un "retour à zéro"). J'insiste sur le fait que, pour Freud, cette distinction n'a aucun rapport avec une séparation entre "bonnes" et "mauvaises" pulsions, puisque our Freud n'importe quel comportement humain est le produit d'un entrelacement des pulsions de vie et des pulsions de mort. L'amour humain lui-même est le produit de forces psychiques qui visent à produire du lien, de l'union (voire de la fusion), mais également de forces qui résistent à l'absorption par l'autre, qui se refusent à la pure et simple abnégation, qui intègrent la violence par laquelle le rapport amoureux reste un véritable "rapport", et non une fusion ou soumission pathologique. Comme le dit Nietzsche, l'acte d'aimer repose moins sur une recherche des points communs que sur l'affirmation de la différence.  

Le Ça est, nous l'avons vu, régi par le "principe de plaisir", c'est-à-dire qu'il ne vise qu'une seule chose : la décharge des énergies pulsionnelles ; car pour Freud, le plaisir EST décharge pulsionnelle, il est le produit d'une réduction d'une tension psychique à 0 (pour reprendre un exemple déjà utilisé, demandez-vous ce qu'est la source du plaisir lorsque vous êtes avez très soif et que vous buvez un verre d'eau ; essayez : il s'agit sans aucun doute de la disparition de la tension..) Le Ça ne connaît ni considérations morales ou sociales, ni calcul stratégique (intérêt à long terme) : il veut la décharge immédiate des pulsions.  

Pour les adeptes de Stephen King...

Ce qui nous différencie essentiellement des animaux primitifs, c'est que nous ne sommes pas soumis directement à nos pulsions. Il existe en nous une instance psychique chargée de gérer intelligemment, rationnellement, la décharge des pulsions en fonction des caractéristiques du contexte. Cette instance, c'est le Moi. Le Moi correspond encore à l'espace de la conscience dans la mesure où le travail de gestion des pulsions ne peut s'opérer que si la pulsion elle-même est devenue consciente (je ne peux pas gérer ma pulsion de faim si j'ignore qu'elle existe), et que le travail d'élaboration rationnelle d'un comportement stratégique optimal est l'apanage de la conscience. Par opposition, on peut donc admettre que le Ça reste, quant à lui, inconscient. Le Moi doit avant tout être considéré comme une instance chargée du "monitoring" des décharges pulsionnelles en prenant en considération les données de la réalité extérieure. La satisfaction du désir est-elle appropriée ? Doit-elle être retardée ? réprimée ? En un sens, le Moi reste dirigé par le principe de plaisir, puisque c'est bien le plaisir qui reste le but de la gestion. Mais le Moi sait qu'une décharge immédiate, anarchique des pulsions est une très mauvaise chose du point de vue du plaisir : si je me lève à 11 h 30 du cours de philo pour me rendre à la cantine pour satisfaire ma pulsion de faim, je vais me retrouver face à un ensemble de désagréments qui minimisent le plaisir global. C'est ce qui explique que le principe qui régit le Moi soit nommé par Freud : "principe de réalité".

La dernière instance introduite par Freud dans le psychisme humain est le Surmoi. Pour le définir en une formule, le Surmoi est l'instance psychique qui résulte de l'intériorisation par l'individu d'un ensemble de normes (impératifs et interdits) socio-morales. C'est donc lui qui est chargé de déterminer si une pulsion est ou non conforme aux exigences éthiques intériorisées par le sujet. Mais le point décisif est que le Surmoi ne gère pas seulement la décharge effective des pulsions : il détermine également si une pulsion peut, ou non, accéder à la conscience !  Le Surmoi est à la frontière entre le Ça et le Moi : c'est donc lui qui, à l'instar de la "censure" de la première topique, décide de l'accès de la pulsion à l'espace du Moi. De ceci découle le caractère bidimensionnel du Surmoi, qui est en partie conscient (on peut alors sans trop de difficultés l'intégrer au "Moi", dont il constituera la part morale) et en partie inconscient, refusant l'accès de certains pulsions à la conscience (la censure elle-même restant dès lors inconsciente... du moins en partie, comme nous allons le voir).

Une toile de Carole Dekeyser, intitulée "Surmoi"

 

L'individu tel que le conçoit Freud est donc à la fois animé de pulsions contraires aux exigences éthiques dont il n'a pas conscience, et habité par une instance morale qui censure ces pulsions avant même qu'elles n'accèdent à la conscience. Une très belle phrase de Freud condense cette ambivalence du sujet de la psychanalyse :

"L'homme moral n'est pas seulement beaucoup plus immoral qu'il ne le croit,

il est aussi beaucoup plus moral qu'il ne le sait."

Je passe rapidement sur les possibilités qui s'offrent dès lors à la pulsion issue du Ça, que nous avons déjà abordées dans le cours sur la liberté.

     a) La pulsion peut s'avérer suffisamment conforme aux exigences du Surmoi pour accéder à la conscience, et être considérée par le Moi comme susceptible d'être satisfaite. Première possibilité, donc, satisfaction de la pulsion.

     b) La pulsion peut s'avérer suffisamment confoprme aux exigences du Surmoi pour accéder au Moi, mais sa décharge immédiate être jugée inappropriée au contexte par le Moi : on dit alors qu'elle est réprimée.

     c) La pulsion peut s'avérer suffisamment incompatible avec les exigences du Surmoi pour ne pas accéder au Moi, à la conscience. On dit alors qu'elle est refoulée.

La troisième possibilité est évidemment, d'un point de vue psychanalytique, la plus intéressante. Car sur quoi porte le refoulement ? Nous l'avons vu, le refoulement ne porte que sur le représenté-représentant. Le quantum d'affect, lui, en tant qu'énergie pulsionnelle, s'exprimera nécessairement. L'ensemble des modes d'expression indirecte des pulsions refoulées, je n'y reviens pas, constitue l'ensemble des symptômes de la névrose, le symptôme névrotique étant défini comme l'expression indirecte d'une pulsion dont le représentant-représenté s'est trouvé refoulé. Je rappelle brièvement que les trois "voies" majeures de la névrose sont :

     a) le surgissement du quantum d'affect sans représentant, pure tension psychique comme telle non identifiable : c'est l'angoisse.

     b) le déplacement de l'affect sur un autre représentant (ce qu'illustre la phobie)

     c) l'investissement du corps par la pulsion : c'est la somatisation, illustrée notamment par l'hystérie de conversion

[Pour plus de précision sur tous ces points, je vous renvoie ici :

 http://garandel.e-monsite.com/rubrique,cours-du-20-10-09,307443.html]

Ce qu'il nous faut ci comprendre, c'est la manière dont se constitue cette troisième instance, absente de la première topique, que Freud appelle le Surmoi. Et cette question nous renvoie directement à ce point absolument nodal de la psychanalyse freudienne qu'est le complexe d'Oedipe.

Bon. Oedipe, c'est évidemment celui qui, outre le fait qu'il a résolu l'énigme de la sphinge, a transgressé les deux tabous fondamentaux : tuer son père, et épouser sa mère. Par ailleurs, un "complexe", cela doit se comprendre de manière scientifique "à la Bachelard", c'est-à-dire en l'extrayant de sa gangue populaire ("je suis complexée"...). Un complexe, c'est une certaine structure, une certaine configuration des éléments du psychisme, qui induisent un comportement exprimant cette configuration. Il n'y a donc rien de "pathologique" dans un complexe : en ce qui concerne le complexe d'Oedipe, c'est tout simplement une certaine étape dans le développement du psychisme de l'être humain, qui parvient à une certaine configuration interne et à un certain type de comportement (familial) qui le caractérise.

Pour comprendre ce que désigne ce "complexe d'Oedipe", il faut repartir de ce qui constitue, pour Freud, l'un des buts fondamentaux de l'être humain : s'aimer lui-même. La mise en lumière du complexe d'Oedipe va donc de pair, chez Freud, avec l'analyse du "narcissisme". Freud distingue deux types de narcissisme : celui du nourrisson et de l'enfant en bas-âge, qu'il appelle "narcissisme primaire", et celui qui lui succède dans le développement du psychisme humain : le narcissisme secondaire.

Ce qui caractérise le narcissisme primaire, c'est que la "libido", c'est-à-dire l'ensemble des pulsions à caractère sexuel (et il faut ici rappeler que le domaine de la sexualité, chez Freud, est beaucoup plus vaste que celui de la sexualité "génitale" ; la libido renvoie davantage au domaine de l'amour en général qu'à celui du seul rapport sexuel ; son champ d'application est donc celui de l'éros  au sens classique) se trouvent orientées vers le Moi lui-même. Dans la mesure où la rupture avec le monde "extérieur" n'est pas encore consommée (selon une équation que l'on pourrait figurer, de façon un brin réductrice, par le modèle : le monde, c'est la mère, et la mère, c'est moi), je suis moi-même l'objet de mes pulsions libidinales. Dans le narcissisme primaire, l'objet de la libido, c'est le Moi.

Cet état magique (fusion du Moi et du monde à travers l'omnipotence maternelle...) est évidemment voué à disparaître ; mais il laissera une trace dans le psychisme humain, à travers une instance dont on parle peu, mais qui est néanmoins très importante : le "Moi idéal" (qu'il ne faut pas confondre avec l"Idéal du Moi"). Le "Moi idéal", pour Freud, c'est cette image du Moi issue de l'époque du narcissisme primaire, où l'enfant, s'identifiant lui-même à la Mère toute-puissante (la Mère satisfait tous les désirs de l'enfant), acquiert à travers elle le statut qu'il réservera, plus tard, à la figure de Dieu. Fusion du Moi, du Monde et de la Mère toute-puissante : on comprend que la sortie de l'enfance soit douloureuse...

 

En quoi consiste dès lors le narcissisme secondaire ? Ce second narcissisme se construit à partir du moment où  la libido s'oriente vers des objets du monde extérieur : on dit alors que la libido investit des objets, elle devient libido "objectale". Bien évidemment, les premiers objets investis par la libido (traduction : les premiers objets d'amour) ce sont les parents eux-mêmes (ou ceux qui remplisssent ce rôle). L'enfant investit donc les figures parentales avec sa libido : mais pour le psychisme il s'agit d'une situation inconfortable, dans la mesure où le but reste de "s'aimer soi-même", c'est-à-dire de se réapproprier les pulsions libidinales. Pour le psychisme humain, aimer les autres n'est jamais un but ultime : seul l'amour de soi est une fin dernière.

Comment le psychisme s'y prend-il pour "réccupérer" ses investissements d'objet ? Le principe est simple : c'est en s'identifiant lui-même à l'objet aimé que l'individu peut tenter de reprendre possession de sa libido ; le cheminement est donc le suivant :

     a) je m'aime (narcissisme primaire) 

     b) j'aime l'autre (libido objectale) 

     c) je suis l'autre (identification) 

     d) je m'aime (narcissisme secondaire)

Attention : l'identification désigne ici un processus qui n'a rien à voir avec le fait de "se prendre pour"... L'individu s'identifie à l'objet d'amour en introjectant au sein de son propre espace psychique la représentation de cet objet ; en ce sens, le processus d'identification, chez Freud, doit plutôt être compris comme une procédure par laquelle l'Autre devient Moi que comme une procédure où je deviendrais l'Autre. L'idée clé est que je me construis en intériorisant la figure de l'Autre qui constitue pour moi un objet d'amour. L'identification repose donc avant tout sur un mécanisme par lequel un "modèle" se trouve introjecté dans le psychisme.

Pour l'enfant c'est donc le "premier modèle" qui constituera le... modèle de tous les autres. Et, pour Freud, le "premier modèle" de l'enfant  c'est celui de ses parents qui a le même sexe que lui. Bref : la première identification fondamentale ouvre le complexe d'Oedipe.

(Une oeuvre d'un artiste vietnamien contemporain, Vu Thang, intitulée "Père et Fils")

Pour plus de simplicité, nous raisonnerons ici sur le cas du petit garçon (cela marche aussi pour le filles, mais c'est un tout petit peu plus compliqué). Et par ailleurs, nous nous éloignerons légèrement de l'approche freudienne orthodoxe pour relire l'Oedipe à la lumière des analyses d'un philosophe français du XX° siècle : René Girard. N'hésitez pas à mentionner ce "biais" interprétatif dans vos copies.

La figure du "modèle" pour le petit garçon, celui qui est posé comme le sujet "qu'il faut imiter", c'est le Père. C'est d'ailleurs ce que dit le Père : "fais comme moi" ou, pour utiliser une formule plus spartiate : "deviens ce que je suis". Réaliser ce qu'il est, c'est donc pour le petit garçon devenir comme son Père ; et les premiers impératifs qu'il intériorise sont ceux qu'énonce la voix du Père (ce que le psychanalyste français Jacques Lacan appellera la "Loi du Père", ou "Nom du Père"). On peut cependant remarquer (et c'est ici que nous devenons girardiens...) que cet impératif mimétique (sois comme moi) est foncièrement ambigu, puisqu'il apparaît à la fois comme un impératif absolu ("pour devenir un homme")... et un impératif limité. Car l'imitation du Père garde deux points aveugles : l'enfant doit devenir comme le Père, mais il ne doit pas prendre sa place. Et c'est cette ambiguiïté qui scelle l'Oedipe.

Ce que l'on considère parfois sous une forme caricaturale (l'enfant veut supprimer le papa et épouser sa maman) doit être relu à la lumière de cet impératif d'imitation de la figure du Père, d'identification au Père qui constitue la Loi de l'enfant. L'enfant doit "tout faire comme son papa" (et on l'en félicite chaleureusement à chaque occasion), SAUF lorsque cette imitation implique un type de comportement qui n'a de sens que s'il est effectué par UNE personne. Faire comme le père, ce serait alors faire à la place du Père. Ainsi, l'enfant doit faire comme son père, mais il ne doit pas s'asseoir au même endroit que lui à table (c'est la place du papa Ours...). Faire ce que fait le Père en cette occasion, ce serait devenir le Père à la place du Père... c'est-à-dire tuer le Père. Ce qui est absolument interdit.

On retrouve la même ambivalence en ce qui concerne l'objet du désir. L'enfant doit imiter le Père dans ses centres d'intérêts (football), ses objets de désir (même quand il doit temporiser : café...) ; mais "l'objet" central du désir du Père, il n'a absolument pas le droit de le désirer : la Mère. Ici encore, l'impératif de mimésis est foncièrement ambigu : au "deviens ce que je suis, mais ne prends pas ma place" succède ici le "désire ce que je désire, sauf l'objet absolu de mon désir". Pour l'enfant, il est absolument interdit de posséder ce que possède le Père.

On retrouve donc les deux tabous les plus fondamentaux de la tradition occidentale, illustrés par Oedipe (meurtre du Père, possession de la Mère), comme les deux points aveugles de la Loi mimétique que l'enfant rencontre. Il n'est nul besoin de supposer une perversité quelconque de l'enfant pour expliquer l'Oedipe : il suffit de comprendre que l'impératif mimétique est foncièrement ambigu, et que la "sortie" de l'Oedipe ne pourra s'effectuer que par le passage à ce que Jacques Lacan a appelé le registre "Symbolique". Pour le dire brièvement, pour l'enfant sortir de la contradiction de la loi mimétique, c'est comprendre qu'il ne doit pas, en faisant comme son père, devenir "le père", mais devenir... père. Il doit comprendre que ce qu'il doit viser, ce n'est pas la place de son père, mais la place de  Père, c'est-à-dire la fonction que son père à lui incarne, de façon d'ailleurs bien imparfaite. Au-delà de son père matériel, qui à bien y regarder est une incarnation assez mal fichue, il y a la fonction sociale. En termes lacaniens, derrière le père de la réalité, il y a le "père symbolique" : et c'est ce Père-là que l'enfant doit devenir. Et pour ce faire, il n'a nul besoin de tuer son père (qui s'en chargera tout seul) ou d'épouser sa mère (même si elle le déplore bien souvent, si l'on en croit la littérature européenne des derniers siècles et son incontournable personnage de "la belle-mère") ; il doit devenir Père et épouser celle qui deviendra la Mère... de ses enfants.

Father figure, un tableau de... paul McCartney (mais oui, le même !)

Par le biais de cette première identification à la figure paternelle, l'enfant intériorise (introjecte) donc également deux interdits fondamentaux, ces deux points aveugle de l'impératif mimétique qui correspondent aux deux "tabous" oedipiens : celui du meurtre du Père, celui de la possession de la Mère. Et c'est le complexe formé par cette introjection ambivalente qui va donner lieu à cette double instance du psychisme de la seconde topique freudienne, dont la première face est "l'Idéal du Moi", et la seconde, le Surmoi. L'idéal du Moi (dont je rappelle qu'il ne faut pas le confondre avec le Moi idéal...) est le produit de l'introjection de la figure du modèle (paternel), il est l'image intériorisée de celui que l'individu "a à être", devrait être (il est l'image intériorisée de l'idole à laquelle l'individu s'identifie). Le Surmoi est l'instance chargée des interdits moraux fondamentaux qui sont absorbés par cette introjection(l'introjection des interdits dont le modèle est porteur), l'instance psychique qui va désormais gérer, de façon consciente (répression) ET inconsciente (refoulement) la libération des pulsions. Par où l'on comprend que les deux "tabous" oedipiens constituent bien le socle fondamentale de la conscience éthique occidentale : ils constituent l'archétype de l'interdit moral, le socle primitif sur lequel vont venir se greffer tous les interdits ultérieurs. Les tabous ordipiens sont la matrice à partir de laquelle émerge l'instance de censure morale du psychisme humain : le Surmoi.

Et l'on peut donc dire que, chez Freud, ce sont ces deux interdits qui permettent d'articuler conscience morale et Inconscient. Car qu'est-ce que la conscience morale ? Pour Freud, la conscience morale est le résultat du jugement du Moi par le Surmoi (ou, si l'on préfère, le produit de la comparaison du Moi avec l'Idéal du Moi par le Surmoi). La mauvaise conscience, la culpabilité, est donc le érsultat d'une condamnation par le Surmoi. Et, comme nous l'avons vu, si pour Freud la conscience morale est, comme elle l'était déjà chez Nietzsche, avant tout mauvaise conscience, c'est que le Surmoi est d'abord une instance psychique agressive. Car à travers le processus d'identification, l'objet d'amour qu'était le modèle s'est "désexualisé"... et c'est donc avant tout la dimension agressive de la pulsion qui trouve à se libérer dans le Surmoi. On pourrait donc dire que, chez Freud (et le parallèle avec Nietzsche est ici assez visible...) la mauvaise conscience comme culpabilité est le produit d'une libération au sein du sujet de forces pulsionnelles agressives, celles-là même qui constituaient la part agressive du rapport au modèle idéalisé.

Ce qui nous rappelle que tout rapport social est foncièrement ambivalent : même l'idolâtrie est un entrelacement d'amour et de haine. Ce qui explique le sort qui est souvent réservé aux idoles.... lorsque la culpabilité intérieure, jaillissant du constat (conscient ou non) de la non-conformité du Moi et de l'Idole, ne se charge pas de libérer, par cette cruauté interne que constitue la mauvaise conscience, l'agressivité des pulsions... 

Dans cette optique, il faudrait donc tuer le Père (de façon réelle ou symbolique) pour cesser de se haïr soi-même : un éclairage intéressant pour ceux qui auraient eu la curiosité de lire le dernier prix Goncourt !  

Bonne nuit...

 

 

 

 

 

 

 

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