Science de la vie, de la terre... et de la morale (17.09.09)

 

Nous avons dégagé en cours deux mises en perspective possibles du texte de Nietzsche. La première met en lumière ses enjeux : le déterminisme biologique

     a) détruit la liberté (c'est l'instinct qui détermine les actes de l'homme, et il ne le sait pas)

     b) détruit la moralité (s'il n'y a plus de liberté, il n'y a plus de responsabilité, plus de faute, plus de culpabilité, et pas non plus de mérite, etc.)

    c) détruit la vérité (ce qui est reconnu comme "bien", ce qui est reconnu comme "vrai" ne dépend pas de la valeur absolue de ce qui est envisagé, mais de ce qu'exige la conservation de l'espèce. Les hommes croient vrai ce qui, tenu pour vrai, est favorable à la conservation de l'espèce. Pour Nietzsche, l'histoire de la vérité est celle des illusions qui se sont trouvées nécessaires à la vie...)

Bref, on peut dire que le déterminisme biologique aboutit bel et bien à une forme de "nihilisme", comme rejet de toute valeur ou vérité absolues.

La seconde mise en perspective concerne les applications contemporaines de l'idée selon laquelle nos valeurs "morales" sont en dernier lieu déterminées par les exigences biologiques de conservation de l'espèce. Nous avons pris appui sur le texte de N. W. Thornhill, extrait des "Fondements naturels de l'éthique" (sous la direction de Jean-Pierre Changeux), pour montrer comment on pouvait tenter "d'expliquer" l'interdiction (morale) du viol par ses effets éminemment néfastes pour la transmission optimale du patrimoine génétique (et donc de la conservation de l'espèce).  Pour l'auteur, "on comprend mieux" l'interdiction du viol si on comprend que le viol risque d'endommager l'appareil reproducteur de la femme, qu'il risque de mener au gaspillage des énergies maternelles de la femme, et qu'il risque de réduire les soins paternels (le mâle humain étant plus soucieux de sa progéniture lorsqu'il est certain qu'il s'agit bien de la sienne).

Attention : le texte ne dit pas que c'est parce que le viol contredit à la conservation de l'espèce qu'il est interdit. Il ne dit pas non plus le contraire. Mais il montre que, dans ce cas précis, l'interdit moral est en tout point compréhensible du point de vue biologique : il est conforme à l'exigence de transmission optimale du patrimoine génétique. Ce texte peut laisser un peu perplexe : mais on doit justement prendre appui sur ce qu'il a d'étrange pour comprendre le problème que pose la morale à la science. De façon (à peine) paradoxale, on pourrait dire que ce texte s'inscrit dans le prolongement de la doctrine des Lumières : fonder l'ensemble des normes humaines sur la raison. Kant, nous l'avons vu, allait jusqu'au bout de cette démarche, puisque pour lui les règles morales pouvaient être déduites d'une loi donnée par la raison. A leur façon, les auteurs des "fondements naturels de l'éthique" tentent la même chose : appuyer les valeurs morales sur l'impératif biologique (de conservation de l'espèce), c'est donner une explication rationnelle à l'interdiction d'un acte. Cela semble discutable, mais si l'on refuse de fonder les règles morales sur la religion ("Dieu le permet", "Dieu l'interdit") ou sur la tradition ("c'est la loi de nos ancêtres").... sur quoi pouvons-nous les faire reposer ? Quelle réponse rationnelle peut-on apporter à celui qui demanderait "pourquoi est-il mal de faire souffrir autrui ?" "Parce que Dieu nous l'interdit" ? Scientifiquement non valide. "Parce que nos traditions l'interdisent" ? Scientifiquement non valide. "Parce que j'en suis convaincu"? Scientifiquement non valide. "Parce que tout le monde l'admet"? Scientifiquement non valide.

"Parce que cela nuit à la conservation de l'espèce" ? Discutable, mais au moins, cela ressemble à quelque chose de scientifiquement exploitable.... 

A demain !

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