La vérité vraie (04.11.09)

Bonjour,

Nous avons donc commencé notre second cheminement dans le domaine du rapport entre raison et réel, articulé à la notion de vérité.

Avant les vacances En pleurs, nous avions élaboré notre définition générale de la vérité, dont nous avions vu qu'elle ne prenait sens que pour un énoncé (appartenant au langage). Une chose, un sentiment, une personne, etc. ne peuvent être dits "vrais" ou "faux", sauf par abus de langage. Ainsi, "c'est un vrai dimant", doit être (re)traduit sous la forme "l'énoncé "ceci est un diamant" est vrai" (il ne s'agit donc pas d'une imitation) ; l'énoncé "elle a de vrais sentiments pour lui" pourrait être (re)traduit : "l'énoncé selon lequel elle a des sentiments pour lui" est vrai" (ces sentiments ne sont pas feints), etc. Cette corrélation entre langage et vérité apparaît d'ailleurs particulièrement dans le cas des énoncés dits "performatifs", qui sont à eux-mêmes leur propre preuve en tant qu'ils sont énoncés. C'est le cas de bon nombres d'énoncés appartenant au droit : ainsi, lorsque le président d'une assemblée dit "la séance est ouverte", il ne peut pas se tromper. Non parce qu'il est infaillible, mais parce que c'est le fait qu'il le dise qui rend l'énoncé vrai.

Bien. mais que signifie "vrai", ou "faux" ? Ici, il convient d'être prudent. Une très vieille et très vénérable définition de la vérité la définit comme "adequatio rei et intellectus", c'est-à-dire adéquation de la chose et de la pensée. Cette définition est conforme à notre précédente remarque, puisque la "pensée" dont il s'agit ici désigne une affirmation concernant la chose dont il est question, donc bien un énoncé, même s'il peut n'être que pensé (tout langage n'exige pas nécessairement la verbalisation, que celle-ci soit écrite, orale ou gestuelle).

Pour vénérable que soit cette définition, donnée par Saint Thomas d'Aquin au XIII° siècle, elle comporte un risque. Car pour des énoncés tels que "cette table est verte", on voit bien ce qu'elle signifie : l'énoncé est vrai s'il y a concordance, correspondance, adéquation entre la pensée qu'il exprime ("la table est verte"), et le fait dans la réalité (la table est verte). Mais cette définition risque de nous induire en erreur dès qu'on quitte la réalité sensible (sensorielle) pour envisager des réalités intelligibles (comme en mathématiques). Quand je dis " (a + b)² = a² + 2 ab + b²", comment savoir si l'idée exprimée est "en adéquation" avec la "chose" ? Une équation mathématique n'est pas vraiment une "chose" que je pourrais observer directement pour la "comparer" à mon énoncé... Au sens courant, ce n'est pas un "fait".

En réalité, ceci ne contredit pas la définition de Saint Thomas ; il s'agit simplement d'une difficulté de formulation. Mais pour éviter de tomber dans l'erreur consistant à faire de l'observation (sensorielle) des choses (matérielles) le seul critère de vérité, il est préférable de modifier un peu cette définition.

Que signifie "être vrai" pour un énoncé du type : "il fait beau" ? Simple : l'énoncé "il fait beau" est vrai s'il est vérifié par l'expérience, par l'observation sensorielle de la réalité. Les philosophes disent alors qu'il est empiriquement vérifié.

Bien. Mais que signifie "être vrai" pour un énoncé comme " (a + b)² = a² + 2 ab + b²" ? Il va de soi que ce n'est pas en observant la réalité par nos sens que nous arriverons à prouver que cet énoncé est vrai ("ça se voit", n'est pas un argument recevable pour un mathématicien). Ici, "cet énoncé est vrai" signifie qu'il a été démontré (par un "calcul" logique).

Soit. Mais que signifie "être vrai" pour un énoncé du type "la dictature est un système politique injuste" ? Il va de soi qu'un calcul mathématique ne peut pas nous apporter la solution, pas plus que l'observation des dictatures dans le monde. Ce qui vérifie cet énoncé, c'est le fait qu'il y a incompatibilité logique entre les définitions de la "dictature" conçue comme système politique fondé sur le monopole des libertés (attention :  Rousseau n'accepterait pas cette définition) et de la "justice" (ce qui respecte l'égalité des droits des individus).

En résumé, on peut dire

     a) qu'un énoncé concernant la réalité sensible (empirique) est vrai si et seulement si il peut être vérifié par la méthode de validation empirique des énoncés (l'observation, l'expérience)

     b) qu'un énoncé mathématique peut être considéré comme vrai si et seulement si il a été validé par la méthode de validation propre au domaine mathématique (la démonstration)

     c) qu'un énoncé "philosophique" peut être considéré comme vrai si et set seulement si il a été validé par la méthode de validation propre au domaine philosophique (analyse des définitions).

On aboutit donc à la définition générale de la vérité :

"peut être considéré comme vrai un énoncé validé par la méthode de vérification propre au domaine auquel cet énoncé appartient"

(inutile de dire que cette définition vous sera demandée dans le prochain devoir...) Pour information, c'est une définition que les philosophes appellent "vérificationniste" de la vérité, dans la mesure où elle corrèle la notion de vérité à celle de méthode de vérification.

Il y a donc autant de "types" de vérité que de méthodes de vérification. Et le but du jeu est alors de ne pas confondre les méthodes : par exemple, si vous confondez la méthode 1 et la méthode 2, votre prof de maths vous dira que "ça se voit sur la figure" n'est pas un argument recevable en géométrie...

Il va donc falloir nous aplliquer à l'examen minutieux de chaque type ; ce que nous avons commencé ce matin. Pour des raisons de clarté, je récapitule ce cheminement dans la page suivante du journal de bord.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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