Textes supports pour DM 3 (3)

Voici pour terminer quelques pistes de réflexion qui peuvent vous orienter dans votre réflexion. 

a) Se demander si toutes les morales se valent, c'est se demander pourquoi la pluralité des morales pose un problème du point de vue moral. Il y a plusieurs géométries (euclidiennes, non euclidiennes, etc. : nous en parlerons bientôt), mais cela n'empêche pas (ou plus) de dormir les mathématiciens. Il y a plusieurs manières de jouer au poker, cela n'empêche pas d'y jouer. Mais est-ce la même chose pour les morales ? N'y a-t-il pas quelque chose de gênant dans la pluralité des morales ? En d'autres termes, dire que "ceci est bien" ou que "ceci est mal", n'est-ce pas émettre une "prétention à l'universalité", c'est-à-dire affirmer que ceci est bien pour tout le monde et pour tout individu, et que ceci est interdit de façon universelle ? Quand nous disons que l'esclavage est "mal", ou que la xénophobie est mauvaise, voulons-nous dire que, nous, nous jugeons l'esclavage immoral, ou affirmons-nous que tout le monde devrait considérer l'esclavage comme immoral ? Que l'esclavave EST immoral, en lui-même et indépendamment de ce qu'en pensent (ou pas) les êtres humains ? Bref, porter un jugement moral ("il est  mal de torturer des enfants"), est-ce faire part d'un sentiment personnel, ou affirmer ce que l'on pense être une vérité universelle ?

b) Si l'on admet qu'il existe une pluralité de morales, mais qu'on affirme tout de même que toutes les morales n'ont pas nécessairement la même valeur... sur quoi peut-on prendre appui pour essayer de les hiérarchiser, les évaluer ? Comment argumenter un jugement de valeur ? Comment essayer de montrer qu'un jugement de valeur comme "il est légitime de torturer des enfants" est invalide, faux ?  Quelles raisons peut-on essayer de proposer à celui qui ne verrait pas pourquoi une pratique de ce genre devrait être condamnée ? Bref, est-il impossible de "discuter" un jugement moral ? Et si l'on peut essayer de justifier nos jugements moraux... sur quels types d'arguments peut-on prendre appui ? Car si vous admettez qu'il n'y en a aucun, vous êtes en train d'admettre que le débat qui vous oppose à celui qui dit "c'est très bien de torturer les enfants" a autant de consistance qu'un débat portant sur le fait que la tarte aux pruneaux soit (ou non) délicieuse.

c) Si l'on admet que la pluralité des morales est indépassable (ce que vous n'êtes pas obligés de faire), que peut-on en tirer ? Faut-il admettre que les cultures se combattront éternellement au nom de valeurs morales incompatibles (comme tend à l'indiquer la notion de "choc des civilisations"...) ? Ou faut-il affirmer que, cette pluralité des morales étant irréductible, la seule attitude convenable est la tolérance, c'est-à-dire le respect mutuel des croyances ? Mais alors, n'est-ce pas de nouveau tenter de rétablir une morale universelle ? Dire "il faut être tolérant", n'est-ce pas affirmer un jugement moral ? Et dans ce cas, que faire face à celui qui considère qu'il n'est pas du tout moral d'être tolérant ? Faut-il être tolérant envers les intolérants ? (Faut-il être tolérant envers le néo-nazisme ?) Cela semble risqué. Mais n'est-il pas encore plus dangereux... de justifier l'intolérance au nom de la lutte contre l'intolérance ?

Ces quelques questions n'ont pas d'autre but que de vous indiquer des pistes de réflexion. Vous pouvez bien évidemment en trouver d'autres, bien que celles-là me semblent importantes pour traiter ce sujet. Le but est que vous souteniez ue prise de position claire, et que vous la défendiez. L'une des principales difficultés de ce sujet est qu'il vous interdit absolument d'adopter la posture "gentillette" que plusieurs d'entre vous avaient tenté d'adopter  lors de la première dissertation. Dit plus clairement : tous ceux d'entre vous qui essaieront de me dire que "il faut être tolérant, mais pas trop" (vague) ; ou que "les morales n'ont pas toutes la même valeur, mais cela ne signifie pas que certaines soient inférieures à d'autres" (contradictoire)... savent donc que des points d'exclamation risquent d'apparaître dans les marges !

Bon courage !

Et n'hésitez pas à poser des questions si vous êtes dans l'embarras ; encore une fois : ce site est fait pour cela. (les TS s'y sont mis) Je vous recommande simplement de ne pas attendre le dernier moment. Plus la date limite aproche, et plus je considère comme pénalisant pour ceux qui ont déjà rédigé leur travail de fournir des renseignements aux autres... : plus, donc, mes réponses se font laconiques.

Dernier point. L'auteur du texte (Jérôme Ravat) n'est pas un philosophe du programme... mais vous pouvez cependant le citer si vous utilisez le texte. Je vous indiquerai en cours, et dans le corrigé, à quels auteurs on peut rattacher les différentes affirmations et critiques duv texte. N'hésitez pas cependant à utiliser d'autres textes : le texte de Léo Strauss, bien sûr, mais aussi lpar exemple les textes de Rousseau et de Nietzsche que nous verrons cette semaine.

Re-dernier point : 3 semaines me semblant constituer un délai suffisant pour rdiger une dissertation de philo, surtout lorsque le travail personnel est ainsi "supporté", il sera inutile de faire appel à un éventuel délai. Je ne corrigerai donc que les copies qui me seront parvenues AVANT les vacances.

 

 

Commentaires (4)

1. Pascal G 12/12/2010

Bonsoir Juliette,

Non, il ne me semble pas que ton approche soit contradictoire. L'idée d'une "différenciation" des morales au contact de réalités culturelles différentes est d'ailleurs très intéressante.

Par ailleurs, si tu parviens à expliquer clairement pourquoi on peut, selon toi, remettre en cause un relativisme strict en fin de parcours, (en affirmant qu'une morale peut être considérée comme supérieure aux autres) l'essentiel sera fait. Il faudrait cependant préciser ce qui en découle pour l'attitude que l'on doit adopter face aux autres morales : faut-il les laisser coexister ou tenter de les intégrer à la morale supérieure ?

J'émets simplement quelques réserves concernant l'idée que toutes les morales seraient des particularisations d'un même système fondamental de normes, qui se serait "adapté" à des contextes particuliers. Mais c'est plus une réserve personnelle qu'une impossibilité théorique.

A mercredi,

PG

2. Juliette TES 1 12/12/2010

Bonjour Monsieur,
Je voudrais savoir si le fait de défendre l'existence d'une pluralité de Morales n'étant pas incompatibles puisque ayant été dérivées de valeurs communes et adaptées a un contexte particulier, avant de déterminer pour qu'elles raisons on peut en considérer une comme supérieure aux autres, n'est pas contradictoire. Puisqu'après avoir rédigé une grande partie de mon devoir je n'ai toujours pas clairement pris position.
Bonne fin de week-end.

3. Pascal G 11/12/2010

Bonsoir Caroline,

Ton idée est intéressante, dans la mesure où l'instauration d'un droit montre effectivement que le corps social établit certaines valeurs comme principes, on pourrait dire comme "méta-valeurs", des valeurs qui sont au-dessus des autres. Par exemple, la liberté est effectivement conçue comme une valeur principe ; et justement, elle permet d'intégrer une certaine diversité des valeurs, puisque la liberté de pensée, de conscience, etc. permettent à chacun de reconnaître des valeurs différentes.

Mais il y a en effet un risque dans le fait de s'arrêter là. C'est qu'il faudrait encore préciser si ces valeurs-principes qui fondent les différents droits des différentes sociétés peuvent être considérées comme égales. Si tu dis que chaque société pose, à travers le droit, certaines valeurs comme des valeurs absolues, il nous reste à savoir ce que l'on fait de la diversité des valeurs-principes elles-mêmes : si une société établit comme valeur-principe le respect de la liberté, et qu'une autre société établit comme valeur-principe la soumission à tel ou tel dieu, ces deux valeurs-principes ont-elles, selon toi, la même valeur ?

Faut-il admettre que, puisqu'aucune société n'est supérieure aux autres, les valeurs-principes de chaque société, celles qui fondent ses normes juridiques, sont équi-valentes ?

Dans ce cas, si une société établit comme valeur-principe la puissance du groupe social, ou la pureté de la race, etc., il faudra admettre que, d'un point de vue théorique, abstrait, universel, ces valeurs-principes ont autant de "valeur" que les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité (qui, elles, sont les valeurs-principes du droit français)...

La corrélation de la morale et du droit permet donc bien d'approfondir le problème... mais elle ne le résout pas !

Il me semble que, dans un sujet de ce genre, il sera difficile d'échapper, en conclusion, à une réponse claire (même si on peut la préciser, la complexifier, etc.), qui dira si, oui ou non, on peut considérer que toutes les morales se valent...et pas seulement dans le cadre d'une société particulière (d'un droit particulier).

A mardi,

PG

4. Caroline TES 1 11/12/2010

Bonjour !
Après avoir construit mon plan je me rend compte que je risque peut être d'encore de ne pas faire de prise de position .Puisque je voudrais dans ma dissertation expliquer qu'il y a une pluralité de morale mais que l'existence du droit dans la société montre que certaines valeurs morales sont jugées comme supérieur. Mais si je dis sa je n'oublierais pas de répondre réellement au sujet ?
(Ma question est je le sais posé peut être un peu proche de la date du rendu )
Bonne soirée

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