Textes supports pour DM 3

Voici quelques textes qui pourront vous êtes utiles pour votre réflexion sur le sujet portant sur la morale.

Le premier texte est un texte de Léo Strauss. Attention : ce texte ne porte pas sur la morale, mais sur le droit. Le texte concerne trois notions : Léo Strauss parle d'abord du droit positif (le droit tel qu'il est énoncé et garanti par les institutions : code civil, code pénal, etc.); il parle ensuite de "l'idéal de justice" propre à une communauté culturelle ; il parle enfin du "droit naturel", c'est-à-dire d'un droit que l'on peut déduire de la nature même de l'homme, et qui sera donc universel. Ce que Léo Strauss dit du droit positif n'est pas directement mobilisable pour le domaine de la morale (la morale n'est pas la même chose que le droit) ; en revanche, ce qu'il dit de l'idéal de justice d'une communauté et du droit naturel est utilisable. car l'idéal de justice porte sur des normes du juste et de l'injuste, c'est-à-dire sur ce qui est légitime et non légitime : ce qui implique des considérations morales. De même, le droit naturel permet de déterminer des normes universelles du juste et de l'injuste. Ce n'est pas un texte "facile", dans la mesure où il faut le lire attentivement pour ne pas confondre les trois "étages" que Strauss cherche à différencier. mais c'est un texte très utile pour aborder toutes les questions qui impliquent la question du "relativisme culturel"... que Strauss cherche à combattre.

Voici le texte :

« Le besoin du droit naturel est aussi manifeste aujourd’hui qu’il l’a été durant des siècles et même des millénaires. Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. Or il est évident qu’il est parfaitement sensé et parfois même nécessaire de parler de lois ou de décisions injustes. En formulant de tels jugements, nous impliquons qu’il y a un critère du juste et de l’injuste qui est indépendant du droit positif et qui lui est supérieur : un critère grâce auquel nous sommes capables de juger le droit positif.

Bien des gens aujourd’hui considèrent que le critère en question est l’idéal de justice adopté par notre société ou notre « civilisation », tel qu’il s’incarne dans ses façons de vivre ou ses institutions. Mais, d’après cette même opinion, toutes les sociétés ont leur idéal, les sociétés cannibales pas moins que les sociétés dites civilisés. Si les principes tirent une justification suffisante du fait qu’ils sont reçus dans une société, les principes du cannibale sont aussi défendables et aussi sains que ceux de l’homme civilisé. (…) S’il n’y a pas de critère plus élevé que l’idéal de notre société, nous sommes parfaitement incapables de prendre devant lui le recul nécessaire au jugement critique.

Or le simple fait que nous puissions nous demander ce que vaut l’idéal de notre société montre qu’il y a dans l’homme quelque chose qui n’est pas totalement asservi à la société et par conséquent que nous sommes capables, et par là obligés, de rechercher un critère qui nous permette de juger l’idéal de notre société comme de toute autre. (…) Le problème soulevé (…) ne peut être résolu si nous n’avons pas connaissance du droit naturel. » (Léo Strauss, Droit naturel et histoire, 1953)

Ce texte est très intéressant à utiliser si l'on veut essayer de dépasser le constat d'un "relativisme moral", selon lequel il y aurait une pluralité de morales dans le monde, et qu'il serait impossible de prendre un point de vue "supérieur" pour dire que toutes se valent...

Pour questionner cette pluralité de morales, et se demander dans quelle mesure cette pluralité nous impose d'accepter le "relativisme", je vous recommande de travailler, cette fois, sur un texte qui n'est ni un article de presse, ni un texte de "philosophe", mais un article rédigé par un doctorant en philosophie (qui se trouve être un ancien camarade). Ce texte ne s'adresse donc pas, a priori, à des élèves de terminales : c'est le genre de texte que les profs de philo écrivent (et lisent) lorsqu'ils en ont l'occasion. Il est donc un peu "difficile", mais il est cependant très clair. Le texte se trouve ici :

http://www.cairn.info/revue-traces-2007-1-page-77.htm

Pour vous aider dans votre lecture, je vous propose ici d'en suivre le cheminement : ce qui ne signifie pas que vous devez suivre ce cheminement dans vos copies ! Si cet article pouvait être considéré comme un "corrigé".... je ne vous l'aurais pas indiqué. Votre devoir doit prendre position dans le débat, ce que ne fait pas l'auteur. Il faut donc sélectionner et organiser vos arguments  (dont certains peuvent être tirés de ce texte) pour faire apparaître et justifier une prise de position claire.

1) L'auteur commence par rappeler le courant de pensée auquel s'est opposé le relativisme moral au XX° siècle. Ce courant de pensée est "l'évolutionnisme" socio-culturel, qui consiste à projeter sur le domaine des valeurs la théorie (remaniée) de l'évolution darwinienne. L'idée clé de la doctrine évolutionniste est simple : il en va de la morale comme de la technique (à laquelle elle est d'ailleurs liée) et de la sconnaissance : elle progresse durant l'histoire de l'humanité. Il se peut donc qu'il y ait, à un moment de l'histoire, des morales différentes : mais c'est simplement parce que certaines civilisations sont "en avance", et d'autres "en retard".

Le passage-clé est le suivant :

Le courant évolutionniste, en effet, avait profondément marqué la pensée ethnologique dans la seconde moitié du xixe et jusqu’au début du xxe siècle, comme l’attestent notamment les travaux de Edward Tylor, Herbert Spencer, Lewis Henry Morgan ou encore James Georges Frazer. Certes, l’unité théorique du courant évolutionniste ne doit pas être surestimée. Pour Tylor, par exemple, le moteur du développement des sociétés n’est autre que le développement de l’esprit humain. Pour Morgan, le progrès réside dans la maîtrise technologique de la nature (ainsi Morgan explique-t-il, dans l’ouvrage Ancient Society (1877), que toute société traverse trois grands stades : le stade « sauvage », le stade « barbare » et enfin le stade « civilisé » représenté par la civilisation occidentale). Les thèmes abordés par les évolutionnistes diffèrent également (développement du droit, systèmes de parenté, religion…) Toutefois, les penseurs évolutionnistes avaient tous en commun d’affirmer que l’histoire humaine suit un schéma unilinéaire, jalonné de périodes similaires, traduisant un processus de développement universel. C’est bien évidemment à partir d’une telle conception que les tenants de l’évolutionnisme pouvaient évoquer l’existence de civilisations culturellement et moralement inférieures, la culture occidentale étant à ce titre la plus développée.

2) L'auteur poursuit en indiquant le principe fondamental sur lequel va s'appuyer la crtique "relativiste" : d'autres sociétés, d'autres cultures admettent des morales qui ne correspondent pas aux "anciennes" morales de l'Occident, mais d'autres morales, totalement incompatibles avec la nôtre. Il serait donc vain de chercher dans ces morales de simples "ancêtres" attardés de la nôtre : elles semblent absolument contraires aux valeurs occidentales... au point que l'on pourrait sedemander si on peut les considérer comme des "morales" !

Le passage-clé est le suivant :

"Ainsi, pour s’élever contre l’évolutionnisme, une grande partie des anthropologues a pris parti en faveur du relativisme, dans la lignée par exemple de Franz Boas et de Ruth Benedict, appartenant à l’école dite « culturaliste ». Dans l’ouvrage Mœurs et sexualité en Océanie (1963), l’ethnologue Margaret Mead expliquait par exemple que les habitants des îles Samoa développent un mode de relation entre sexes fort différent de celui qui caractérise la société occidentale, mais aussi différent de celui des autres systèmes océaniens : les adolescentes de Samoa semblent ainsi avoir une sexualité plus libre et plus heureuse. En outre, affirmait Mead, les couples homosexuels et la pratique des relations avec plusieurs partenaires sont parfaitement acceptées par la société samoane, à l’inverse, encore une fois, de la situation en Occident. Dans une perspective similaire, de nombreux travaux ethnographiques ont ainsi paru confirmer l’idée selon laquelle certaines sociétés pouvaient avoir une morale sensiblement différente de celle des Occidentaux, accréditant, ce faisant, le relativisme moral. Ainsi, dans l’ouvrage Un peuple de fauves (1979), l’ethnologue Colin Turnbull semble décrire une société profondément amorale, celle des Ikks du Kenya : les Ikks paraissent en effet avoir un mode de vie radicalement opposé à celui des Occidentaux, développant un égoïsme forcené, refusant tout partage de nourriture et allant même jusqu’à empêcher leurs propres enfants de se nourrir. Ils présentent donc tous les traits d’une société moralement incompatible avec la morale occidentale, voire étrangère à toute morale."

3) L'auteur rappelle ensuite les raisons qui ont pu motiver cette défense du relativisme moral : dire qu'il existe une morale supéerieure aux autres, "plus évoluée" que celles des peuples barbares, primitifs, c'est donner raison aux discours racistes (puisque les peuples primitifs apparaissent alors comme moralement inférieurs) et colonialistes (puisqu'il s'agit de leur transmettre, voire de leur imposer, cette "bonne" morale qui est la nôtre.

Le passage-clé est le suivant :

"Les enjeux idéologiques inhérents à la défense du relativisme moral sont aisés à comprendre : il s’agit bien évidemment de se débarrasser des préjugés ethnocentriques, voire racistes, qui imprégnaient le discours évolutionniste."

4) L'auteur distingue ensuite les trois sens possibles du "relativisme moral". Le relativisme "empirique" '(c'est-à-dire : qui décrit ce que nous livre l'expérience, l'observation), qui consiste principalement à dire qu'il y a des morales différentes dans le monde, et que ces différences peuvent faire apparaître ces morales comme incompatibles. Le relativisme "métaéthique" consiste à affirmer que l'on ne peut juger de la valeur d'une règle ou d'une action que dans le cadre d'une morale déterminée : ce qui rend impossible le fait de formuler un jugement moral universel. C'est l'idée que l'on trouve dans le texte de Léo Strauss (et qu'il réfute) lorsqu'il parle de "l'idéal de justice" : si tout jugement moral implique que l'on se réfère à une morale, à un système moral, comment porter un jugement moral universel ? L'esclavage était "moral" pour les Grecs de l'Antiquité et pour les Nord-Etats-Uniens du XVIII° siècle ; il ne l'est pas pour nous. Point. Il n'y a pas de sens à dire qu'il est, ou non, moral ou immoral : il l'est (ou pas) en fonction du référentiel moral que l'on choisit. Quant au relativisme "normatif" (qui vise donc à nous dire, non ce qui existe, mais ce qu'il faut faire), il affirme qu'il faut respecter les morales autres que les nôtres : ellessont différentes, mais elles ne sont ni supérieures, ni inférieures : la seule attitude raisonnable face à une autre morale est donc la "tolérance".

Le passage-clé est le suivant :

Ce que l’on nomme communément « relativisme moral », en effet, recouvre en fait trois grandes positions qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne sont pas liées de manière consubstantielle. Ces trois figures du relativisme moral sont respectivement nommées relativisme moral empirique, relativisme moral métaéthique et relativisme moral normatif.

Sur le plan empirique, le relativisme moral est la position selon laquelle il existe des désaccords moraux entre les sociétés, ces désaccords s’avérant parfois considérables. Afin de conforter ce point de vue, le relativisme moral empirique prend appui sur les données anthropologiques, sociologiques ou historiques qui semblent en effet traduire l’hétérogénéité des croyances et des pratiques morales dans le temps et l’espace. C’est bien évidemment dans une telle lignée que se situent les représentants du courant culturaliste en anthropologie.

Sur le plan métaéthique, le relativisme moral remet en cause la possibilité d’une justification ultime des jugements moraux : selon les partisans du relativisme moral métaéthique, les jugements moraux ne peuvent pas faire l’objet d’une justification universelle. Par exemple, la justification d’un énoncé tel que « la polygamie est mauvaise » n’est possible que relativement au point de vue d’une société donnée : dans certaines cultures, ce jugement est vrai, dans d’autres il ne l’est pas.

Enfin, au niveau normatif, le relativisme moral est la position selon laquelle il ne faut pas s’opposer aux valeurs morales d’autrui. Le relativisme normatif, en ce sens, est bien souvent associé à la notion de tolérance. Pour le relativiste normatif, il ne faut pas imposer un point de vue moral aux individus ou aux sociétés qui défendent d’autres valeurs, et ce au nom du principe de tolérance.

5. L'auteur souligne ensuite que ces trois formes de relativisme ne s'impliquent pas : ce n'est pas, par exemple, parce qu'on reconnaît qu'il existe plusieurs morales (relativisme empirique) qu'on exclut l'idée selon laquelle elles pourraient être réconciliées dans une morale universelle (anti-relativisme métaéthique), ou qu'on refuse le droit de combattre en fonction d'une morale déterminée, ugée supérieure aux autres (anti-relativisme normatif).

On pourrait considérer qu'il s'agit là de la première partie du texte.

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